Que veut dire lorette ? Les trois sens du mot : la commune de la Loire, l'origine religieuse du nom et la figure parisienne du XIXe siècle.
Le mot « lorette » recouvre trois réalités distinctes : une commune de la Loire créée en 1847 dans la vallée du Gier, un nom marial hérité du sanctuaire italien de Loreto, et une figure parisienne du XIXe siècle, jeune femme galante du quartier Notre-Dame-de-Lorette. Chaque sens raconte une histoire différente.
Que veut dire « lorette » ? Les trois sens du mot
Le terme appartient d’abord au registre des noms propres. Lorette désigne une commune française du département de la Loire, installée dans la vallée du Gier entre Saint-Étienne et Lyon. Ce nom de lieu découle d’une dévotion catholique : Notre-Dame de Lorette, vénérée dans le sanctuaire italien de Loreto depuis la fin du XIIIe siècle.
Le mot existe aussi comme nom commun. D’après le dictionnaire Le Robert, une lorette est une jeune femme élégante et de mœurs légères, un emploi aujourd’hui vieilli. Cette acception naît à Paris sous la monarchie de Juillet, dans le voisinage immédiat de l’église Notre-Dame-de-Lorette.
| Sens | Nature | Époque |
|---|---|---|
| Commune de la Loire (42420) | Nom propre, toponyme | Depuis 1847 |
| Dévotion à Notre-Dame de Lorette | Nom propre religieux | Depuis la fin du XIIIe siècle |
| Jeune femme galante parisienne | Nom commun, vieilli | Environ 1840-1900 |
Ces trois sens partagent une racine unique. Tout part de Loreto, petite ville des Marches en Italie, et du mot latin lauretum, qui désigne un bois de lauriers. La suite détaille chaque usage, du bourg industriel ligérien à la silhouette parisienne croquée par les caricaturistes.
Lorette, la commune de la Loire qui porte ce nom
Pour des milliers d’habitants du Gier, Lorette n’est ni un mot d’argot ni une référence pieuse : c’est leur ville. La commune compte 4 846 habitants selon l’INSEE (2024), répartis sur 3,41 km² dans le département de la Loire, code postal 42420. Sa carte d’identité complète figure dans le guide de la commune de Lorette.
Une ville née d’une chapelle et d’une aciérie
Le lieu tient son nom d’une chapelle dédiée à Notre-Dame de Lorette, élevée près du Gier. Longtemps, le hameau reste partagé entre quatre communes : Saint-Paul-en-Jarez, Saint-Genis-Terrenoire, Rive-de-Gier et Farnay.
L’industrie change la donne. Les frères Jackson fondent une aciérie à L’Assailly en 1830 et attirent des centaines d’ouvriers dans la vallée. Le 25 avril 1847, une ordonnance royale érige Lorette en commune autonome, ce qui en fait la première ville nouvelle de France. La ville de Lorette conserve de cette période fondatrice son tissu urbain dense et son église Notre-Dame.
Ses habitants s’appellent les Lorettois et les Lorettoises. Ce gentilé, détaillé dans l’article consacré aux habitants de Lorette, découle directement du nom marial de la chapelle. Aucun rapport, donc, avec la lorette des boulevards parisiens : la commune est baptisée d’après un lieu de culte, pas d’après une figure sociale. Les services municipaux actuels, état civil en tête, sont présentés sur la page de la mairie de Lorette.

De Loreto à la France : l’origine religieuse du nom
Le point de départ se trouve en Italie, au sanctuaire de Loreto, dans la province d’Ancône. Selon la tradition catholique rapportée par le sanctuaire, la Santa Casa, maison de la Vierge à Nazareth, y aurait été transportée à la fin du XIIIe siècle, vers 1291. Le site s’appelait lauretum en latin, un terrain planté de lauriers. Les formes Laureto, Laureta puis Loreto se succèdent ensuite dans les textes et les gravures anciennes.
La relique attire très tôt des foules de pèlerins. Une basilique monumentale est édifiée autour de la Santa Casa à partir de la fin du XVe siècle, et Loreto devient l’un des grands sanctuaires marials d’Europe. Le culte de Notre-Dame de Lorette se diffuse en France dès le XVIe siècle. Des chapelles surgissent dans de nombreuses régions, et chacune finit par baptiser son voisinage, son hameau ou sa colline. Le nom voyage même au-delà de l’Atlantique : plusieurs localités du Québec et des États-Unis portent une variante de Lorette ou de Loreto, trace des missions catholiques.
Des chapelles parisiennes au champ de bataille de l’Artois
Deux lieux français dominent, avec la commune ligérienne, les recherches associées au nom :
- L’église Notre-Dame-de-Lorette de Paris, achevée en 1836 dans le 9e arrondissement, au cœur du lotissement de la Nouvelle Athènes construit à partir de 1820.
- La colline de Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire, dans le Pas-de-Calais, surnommée la colline sanglante. Les batailles d’Artois de 1914-1915 y causent plus de 100 000 victimes. La nécropole nationale rassemble aujourd’hui 40 000 corps sur 25 hectares.
Une même chapelle d’origine, trois destins : une commune industrielle de la Loire, une église de quartier parisienne, un haut lieu de mémoire nationale.
La lorette du XIXe siècle : une figure parisienne
Le nom commun naît précisément autour de l’église parisienne. Le journaliste Nestor Roqueplan popularise le mot vers 1840 : il baptise du nom de leur quartier les jeunes femmes entretenues qui peuplent alors les immeubles neufs de la Nouvelle Athènes, autour de Notre-Dame-de-Lorette. Les loyers y restent bas, car les logements fraîchement construits, encore humides, rebutent les locataires aisés.
La lorette vit de ses charmes, sans profession déclarée. Elle partage ses faveurs entre plusieurs protecteurs, surnommés des « Arthurs » dans la presse de l’époque. Ni ouvrière ni grande courtisane, elle occupe un entre-deux social caractéristique de la monarchie de Juillet, régime en place de 1830 à 1848.
Son quotidien fascine les chroniqueurs. Les petits journaux satiriques décrivent ses toilettes, ses soupers, ses dettes et ses ruses pour ménager des amants qui ignorent tout les uns des autres. Derrière la légende dorée, la réalité reste précaire : aucune rente, aucune protection légale, une position sociale suspendue au bon vouloir de protecteurs volages. Beaucoup de lorettes finissent dans la misère une fois la jeunesse passée, un envers du décor que la presse de l’époque évoque rarement.
Lorette, grisette, courtisane : trois statuts distincts
Le vocabulaire du Paris romantique distingue soigneusement ces figures féminines, souvent confondues aujourd’hui.
| Figure | Ressources | Cadre de vie |
|---|---|---|
| Grisette | Métier manuel complété par un amant | Chambre modeste, quartier Latin |
| Lorette | Entretenue par plusieurs amants | Appartement confortable, Nouvelle Athènes |
| Courtisane | Un protecteur fortuné unique | Luxe, beaux quartiers |
La grisette travaille : couturière, modiste ou fleuriste, elle complète un salaire maigre par une liaison. La lorette, elle, vit exclusivement de ses relations, sans autre activité. La courtisane domine cette hiérarchie officieuse : un seul protecteur riche finance son train de vie. Répondre à la question « grisette, définition » revient donc à décrire l’échelon le plus modeste de cette échelle sociale, la lorette occupant le milieu.

Une figure de la littérature et de la caricature
La lorette devient vite un type littéraire. Balzac la met en scène dans La Comédie humaine et lui consacre des pages restées célèbres. Le dessinateur Gavarni publie des séries de lithographies sur les lorettes dans le journal Le Charivari au cours des années 1840, fixant leur image dans l’imaginaire collectif : toilettes soignées, esprit vif, existence précaire.
Le mot décline à la fin du XIXe siècle. D’autres termes prennent le relais dans la langue courante : cocotte, demi-mondaine, femme galante. La lorette reste alors figée dans son époque, celle des romans de Balzac et des estampes de presse. Les dictionnaires actuels, Le Robert comme le Trésor de la langue française du CNRTL, classent d’ailleurs cet emploi parmi les usages vieillis.
Une trace subsiste pourtant dans le paysage parisien. La rue Notre-Dame-de-Lorette traverse toujours le 9e arrondissement, et le quartier de la Nouvelle Athènes, avec ses hôtels particuliers romantiques, attire désormais les amateurs d’histoire urbaine plutôt que les chroniqueurs mondains. Le glissement du nom d’église vers le nom commun demeure un cas d’école de la lexicographie française : les linguistes parlent d’antonomase, quand un nom propre devient un mot du vocabulaire courant.
Orthographe, prénom et mots voisins
La graphie pose régulièrement question. Lorette s’écrit avec un o, un seul r et deux t, pour le toponyme comme pour le nom commun. La confusion vient du prénom Laurette, diminutif de Laure, issu du latin laurus, le laurier. Même racine végétale, deux orthographes : au pour le prénom, o pour le nom hérité de Loreto.
Trois repères pour ne plus hésiter :
- Lorette : la commune de la Loire, les toponymes religieux et le nom commun du XIXe siècle.
- Laurette : le prénom féminin, variante de Laure et de Laura.
- Loreto : la ville italienne des Marches, forme d’origine du nom.
Laurette conserve par ailleurs une vie propre comme prénom. Porté notamment en hommage à Laure de Noves, la muse de Pétrarque, il se fête avec les Laure le 10 août. Lorette existe aussi comme prénom, beaucoup plus rare, directement inspiré de la Vierge de Loreto. Les deux formes coexistent donc dans l’état civil, avec des origines croisées mais des graphies bien distinctes.
Au Scrabble, le nom commun rend le mot jouable. Ses sept lettres valent chacune un point dans la version française du jeu, soit 7 points avant bonus de placement. Les amateurs de vocabulaire y ajouteront les termes voisins de la même époque : grisette, cocotte ou margot, qui désignait familièrement une femme du peuple.

Reste un point de vigilance pour les recherches en ligne : « lorette def » renvoie tantôt au dictionnaire, tantôt à la commune. Préciser la requête change tout, « lorette Loire 42420 » pour la ville, « lorette XIXe siècle » pour l’histoire du mot.
Prochaine étape pour explorer la commune : consulter le guide complet de Lorette, ses services, son histoire industrielle et sa vie locale dans la vallée du Gier.



